Facebook, c'est une communauté ... d'amis.

Et comme dans la vie réelle, on sélectionne ses amis. On sait donc avec qui on parle. Ou plutôt on pense le savoir lorsque la liste des amis s'allonge et donc la liste des lecteurs.

Et comme on parle à ses amis, le ton est nécessairement plus détendu. On plaisante, on commente, on se laisse aller à des commentaires osés. Et certains finissent par oublier qu'ils sont lus par l'ami auquel ils répondent, mais aussi par les autres "amis". Et quand on mélange vrais amis, connaissances, partenaires de sport, étudiants, collègues et anciens collègues, la liste devient longue de personnes qui peuvent avoir accès à l'information. Le salarié pourra ainsi oublier que des collègues le lisent lorsqu'il postera les photos de ses vacances prises à l'occasion de son ... congé maladie. Il pourra oublier que des collègues et concurrents le lisent lorsqu'il critiquera sa journée de travail, son patron ou l'un des ses clients rencontré aujourd'hui et qui était particulièrement désagréable.

Surtout, un grand nombre de comptes Facebook sont configurés comme comptes semi-publics. Les amis de mes amis peuvent voir les commentaires que j'ai posté sur le mur de mon ami. Or, les amis de mes amis, ça peut être... n'importe qui ! Autant dire que toute confidentialité est dans ce cas exclue. De plus, un certain nombre d'informations pourra être retrouvé via un simple moteur de recherche, ou parce qu'elles auront été reprises et forwardées par l'un de mes amis qui aura trouvé ma remarque intéressante ou amusante... Même si le compte était bien configuré, le changement inopiné des conditions générales d'utilisation de Facebook pourra rendre soudain visibles des informations que j'aurais préféré garder secrètes ou ne pas partager avec mes collègues de travail. 

Les exemples sont légion en jurisprudence de licenciements justifiés par des information postées sur Facebook.

Le journal "La Voix du Nord" relatait une autre situation de la vie de tous les jours [Note1]. Un élève avait posté sur son compte facebook un appel à créer un chahut dans un de ses cours (un appel à "bordeler" sa classe, cite le journal...). Via les amis et les amis des amis, tout le monde était au courant ... y compris l'enseignante en question qui enregistra son cours et fit sanctionner l'élève. Elle assigna également la mère de l'élève, qui était également "l'amie" de l'élève concerné sur facebook, et qui avait pris le soin de poster le commentaire "Fais la souffrir, cette follasse !". Du second degré, assuremment, qui valut à la mère une sanction de 2.000 euros de dommages et intérêts.

Dans le journal, l'enseignante témoignait que si la mère avait eu ce comportement, c'est qu'elle devait sentir qu'elle pouvait le faire. Rien n'est moins sur. C'est plus probablement une inconscience de la diffusion de l'information à un public étendu. Commentant un message comme si elle discutait autour d'une table avec son fils, cette maman aura probablement oublié que toute l'école était susceptible de la lire...

L'utilisateur de Facebook aura donc tout intérêt à mesurer son risque juridique et les conséquences juridique de ce réseau sur lequel, définitivement, toute information postée a vocation à être lue par un public presque aussi important que celui d'un blog...

 

Restez informés sur la stratégie juridique des entreprises : inscrivez-vous à la newsletter.

Olivier BEDDELEEM

Maître de conférences à l'EDHEC Business School

Co-directeur du MSc in Entrepreneurship

03 20 15 45 00

beddeleemo@gmail.com

 

[Note1] Pauline Drouet, "Insultée sur Facebook, une enseignante fait condamner le parent fautif", La Voix du Nord, 3 avril 2012, p. 6