L'affaire Wikileaks a démontré l'importance du débat entre les partisans de la régulation et les partisans du management du risque juridique. Le 28 juillet 2011, Radio France International donnait la parole à plusieurs experts à l'occasion des 1 ans de l'affaire Wikileaks [Note1]. La discussion portait notamment sur les réponses à apporter à cette nouvelle menace de diffusion d'informations sensibles des Etats ou des entreprises.

Notre collégue Cédric Manara, professeur à l'EDHEC Business School, se plaçait sur le terrain du management du risque juridique. Pour lui, il faut "se préparer à la transparence forcée". Puisqu'aucune information ne peut plus être garantie comme confidentielle, les organisations doivent se préparer à l'éventualité de la diffusion de cette information et envisager la manière dont elles vont répondre à cette nouvelle menace.

L'autre stratégie, comme le disaient la journaliste et Bernard Lamon, avocat spécialisé interrogé par la radio, est celle des gouvernements : Prévenir la capture illégale d'information en générant une loi qui permettrait de rendre pénale la diffusion d'informations via l'Internet. En effet, alors que la transmission d'informations obtenues illégalement constituait jusque maintenant un vol puisqu'elle impliquait de subtiliser des documents réels, elle est désormais dématérialisée et le droit peine donc à réguler ces nouveaux comportements.

Deux approches bien différentes qui présentent chacune leur efficacité. La première réponse du management du risque juridique permet de fournir une réponse instantanée mais ne fait pas disparaître le risque. Elle vise à en mitiger les effets et, si possible, grâce à l'anticipation, à faire de la survenance de ce risque une opportunité. En effet, bien préparée, la survenance d'un risque peut être créatrice de valeur. McDonald's l'a bien montré en faisant de la crise de la vache folle un argument de vente grâce à une communication fondée sur la qualité et le contrôle strict de son circuit de distribution.  La seconde stratégie fait disparaître le risque et à long terme peut se révéler utile. Mais la première réaction des intéressés sera de trouver le moyen de contourner cette nouvelle règle qui, quoi qu'il arrive, ne sera effective que beaucoup plus tard. Un an après Wikileaks, le manager du risque juridique est déjà depuis plus de 11 mois en ordre de bataille alors que le législateur s'interroge encore sur le contenu de la loi qu'il proposera dans les années à venir...

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Olivier BEDDELEEM

Maître de conférences à l'EDHEC Business School

beddeleemo@gmail.com

 [Note1] Anna Piekarec, "Les révélations de Wikileaks, un an après", RFI.fr, 28 juillet 2011, http://www.rfi.fr/ameriques/20110728-revelations-wikileaks-an-apres