Issue de l’ex-Yougoslavie, la Macédoine est aux portes de l’Union Européenne qu’elle a vocation à rejoindre à moyen terme. Afin d’accompagner son développement, la Macédoine a mis en place une fiscalité avantageuse et un cadre juridiqe attractif dans le but d’obtenir un avantage compétitif face à ses concurrents de l’Est de l’Europe. La Macédoine a ainsi créé un site internet (http://www.investinmacedonia.com) et s’est offert une publicité en presse française (notamment Le Figaro du 20 janvier 2009, p23). Dans ces publicités, la Macédoine vante son coût de main, d’œuvre à 400 euros par mois, mais aussi sa fiscalité attractive (0 à 10% d’impôt sur les sociétés) et divers aménagements juridiques destinés à accueillir les investisseurs étrangers, tels que l’absence de restrictions à l’achat et à la location de terrains pour les ressortissants étrangers (contrairement à nombre de ses ‘concurrents’ asiatiques qui exigent une joint venture –risquée comme le montre l’exemple de Danone en Chine- avec une société locale.

Cette stratégie juridique et fiscale de la Macédoine appelle trois types d’observations :

La première est que si l’Asie est souvent présentée comme un eldorado de l’investissement international, un certain nombre de pays d’Europe de l’Est disposent d’atouts importants et d’un coût attractif. En outre, cette région du monde dispose d’une proximité géographique avec le reste de l’Europe et d’une stabilité géopolitique bien plus prévisible qu’à l’autre bout du globe. La Macédoine prend également le soin de rappeler dans sa ‘publicité’ qu’elle dispose d’un système d’enseignement performant dans lequel l’enseignement primaire et secondaire est obligatoire, où 85% des bacheliers poursuivent des études supérieures et 6% du PIB est consacré à l’éducation.

Deuxièment, cette publicité permet de justifier l’intégration des 12 nouveaux pays dans l’Union Européenne. En effet, le reproche que l’on entend le plus souvent à l’encontre de l’élargissemen est le fait que les entreprises d’Europe de l’Ouest soient tentées de délocaliser leur production à l’Est. Or, comme le montre cet exemple, le fait qu’un pays ne soit pas membre de l’Union Européenne n’empêche nullement une entreprise française d’y délocaliser une partie de sa production. Les nombreux exemples cités sur le site http://www.investinmacedonia.eu en attestent. Le même exemple peut être pris pour la production de la Dacia Logan par Renault en Roumanie, avant que la Roumanie n’intègre l’Union Européenne. De plus, le fait que ce pays ne soit pas membre de l’Union Européenne a pour conséquence que celui-ci n’a pas l’obligation de respecter la réglementation du travail en vigueur dans l’Union Europénne. En revanche, si un pays intégre l’Union Europénnne, il devra respecter la législation européenne. Cela aura pour effet de renchérir la main d’œuvre de ce pays, mais aussi dès lors d’augmenter le pouvoir d’achat des habitants de ce pays, qui deviendront des consommateurs des produits de l’Union Européenne. L’intégration dans l’Union Européenne aurait ainsi un double effet vertueux, qui s’est vérifié pour l’intégration de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce, de l’Irlande, mais aussi des pays entrés dans l’Union Européenne en 2004.

Troisièmement, cette démarche de la Macédoine démontre qu’un pays peut se développer en utilisant les outils de la stratégie juridique et fiscale, et pas seulement des outils budgétaires. Pays dont les ressources financières sont limitées et dont le développement interne ne peut suffire à générer la croissance, la Macédoine a besoin d’attirer des entreprises étrangères sur son territoire. Ce sont en effet ces entreprises étrangères qui vont fournir un emploi aux habitants du territoire, construire des usines, et dès lors générer de la croissance. Un moyen commode et peu coûteux pour la Macédoine est dès lors de mettre en place une politique d’attractivité juridique et fiscale. Ainsi, comme pour les entreprises décrites habituellement sur ce blog, l’Etat de Macédoine mettra en place une stratégie juridique et fiscale afin de permettre son développement économique. Un bel exemple, de nouveau, de la place du droit dans la stratégie de développement des entreprises et collectivités…

© Olivier BEDDELEEM, Enseignant-Chercheur à l’ISEG, beddeleemo@gmail.com

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