Dans le domaine de la culture, beaucoup de projets sont issus de subventions des collectivités territoriales. Cela ne facilite pas nécessairement les échanges transfrontaliers, car les collectivités territoriales seront bien entendu plus intéressées à favoriser une collaboration entre des structures locales des territoires où se trouvent leurs électeurs, plutôt qu’une collaboration avec les structures de pays environnants.

Le dispositif Interreg vient combler ce vide. Interreg est un programme de l’Union Européenne qui vise à financer des initiatives de dimensions européenne. Ce programme est doté d’un budget important. Surtout, il vient en complément de financements privés ou de collectivités territoriales, ce qui lui donne un effet démultiplicateur et oriente les investissements. Une région ou une collectivité territoriale pourront plus facilement accepter un financement d’activités transfrontalières s’ils savent que leur contribution permettra un financement européen. Un financement à hauteur de 20 % du projet conduira les collectivités et partenaires à financer les 80% restant du projet transfrontalier. Ainsi, plusieurs villes frontalières du nord de la France utilisent ce dispositif européen comme élément moteur de leur stratégie. Comme pour l’attribution d’un prêt pour une entreprise ou un particulier qui voudrait acquérir une maison, c’est ainsi ce financement européen servant « d’apport » au projet, qui entraîne l’acceptation par les autres partenaires de cette initiative de dimension européenne. Le dispositif Interreg est d’ailleurs très utilisé par les entreprises afin de financer leurs projets.

Un exemple motivant de cette initiative est le partenariat entre plusieurs structures françaises et belges dans le domaine culturel : Le Grand Mix à Tourcoing, les 4 écluses à Dunkerque, De Kreun à Courtrai et 4AD à Diskmuide. Ces salles de concert locales ont présenté un projet de partenariat, suivi par les collectivités territoriales, et ont rendu possible aux habitants de ces territoires l’accès à la culture de l’autre coté de la frontière. Ainsi, alors que cela n’aurait probablement pas été possible sans le soutien de l’Union Européenne, ces salles de concert disposent aujourd’hui d’un budget afin de mettre en place des actions en coopération. Le Grand Mix programme des artistes Belges en première partie de ses soirées, un système de bus est mis en place afin de permettre à des Courtraisiens de se rendre à Tourcoing et inversement, une réflexion est engagée pour créer une carte d’adhérent commune, le site Internet est traduit en Flamand. « Un projet idéal pour donner vis à cette identité frontalière » (Note 1).

Autre avantage, le projet Interreg finançant des opérations transfrontalières, cela permet de susciter une collaboration entre des structures jusque là concurrentes, de part et d’autre de la frontière, afin de décrocher ce financement. L’initiative peut également, d’un projet à l’autre, être ralliée par des partenaires extérieurs à la zone initiale. Ainsi, une salle excentrée par rapport à la métropole lilloise, telle que les 4 écluses à Dunkerque, pourra s’allier à ce projet afin, que tous bénéficient de cette collaboration.

Comme l’indique l’article de Nord Eclair paru le 8 novembre 2008 sur le sujet, grâce au « nouveau dispositif Interreg IV, les échanges s’enracinent et laissent présager un avenir radieux pour la culture transfrontalière ».

(Note 1) « Grand Mix : Musique sans frontière », Nord Eclair, éd Tourcoing, Samedi 8 novembre 2008, p13

© Olivier BEDDELEEM, Enseignant Chercheur à l’ISEG, beddeleemo@gmail.com

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